DES LEGISLATIVES PRESIDENTIALISEESLe premier tour des élections législatives de ce dimanche 10 mai 2007 confirme et amplifie le succès remporté par l’UMP lors de la dernière présidentielle. Cette victoire -qui demandera à être confirmée dimanche prochain- est logique.
Deux éléments ont poussé vers cette présidentialisation des élections législatives ;
Le premier est l’inversion du calendrier électoral. En repoussant les législatives après les présidentielles, Lionel Jospin a poussé à cette présidentialisation des élections législatives car on voit mal le peuple se déjuger en un si court délai. Désormais, sauf dissolution qui déséquilibrerait le rythme de concordances des élections, le chronogramme assure au nouveau président élu l’extraordinaire privilège de pouvoir en appeler au peuple dans la foulée des présidentielles.
Si la première modification relève de l’ère socialiste, la seconde se rattache au pouvoir chiraquien. En acceptant de réduire à cinq ans le mandat présidentiel, Jacques Chirac a lié la durée des mandats législatif et présidentiel et donné tout son effet à l’inversion du calendrier électoral.
Seule une dissolution qui détacherait les mandats de leur concordance temporelle peut briser cet effet. Certes, on voit mal un Président qui dispose d’une majorité rééditer l’erreur commise par le prédécesseur de Nicolas Sarkozy avec sa dissolution ratée. Mais, la vie politique ne figure pas au sein du royaume des certitudes mais dans l’ouragan des incertains.
Charles Debbasch
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SARKOZY HAUT LA MAIN
En gagnant l’élection présidentielle avec plus de 53 pour cent des suffrages, Nicolas Sarkozy connaît un magnifique succès. Cette victoire incontestée –accompagnée d’un taux de participation record-assoit son autorité de Président le mieux élu de la Cinquième République dans une élection « normale ».
Ce succès Sarkozy l’a d’abord remporté sur lui-même. Il a su, progressivement, gommer les traits trop accusés de son caractère susceptibles d’inquiéter les Français. Sans perdre sa poigne et son esprit conquérant, il a su se montrer consensuel et ouvert. Son attitude mesurée lors du duel télévisé avec Ségolène Royal a convaincu définitivement les Français qu’il était celui à qui on pouvait confier sans risque les clés de la maison.
Sarkozy a su aussi s’imposer parmi les siens. Il avait d’abord remporté un premier combat décisif en prenant le contrôle de l’UMP mais ca n’était pas suffisant. Il lui fallait aussi rassembler les fidèles de Chirac qui le boudaient après son grand écart balladurien. Il lui fallait aussi convaincre Jacques Chirac et son proche entourage de ne pas jouer la politique du pire : celle que Mitterrand avait pratiquée à l’égard de Jospin douze ans plus tôt. Sur tous ces fronts, Sarkozy s’est imposé avec habileté et autorité.
Mais la victoire de Sarkozy va au-delà. Il a su délivrer la droite française de ses complexes vis-à-vis de la gauche. Jusqu’ici, quand la droite gouvernait, elle se sentait obligée d’exalter les vertus de la gauche ou de lui emprunter son programme. En osant aborder de front les problèmes de l’immigration, du travail , de la lutte contre l’insécurité, du refus de l’assistanat généralisé, Sarkozy a érodé l’électorat du Front National Et, il l’a fait sans renier le combat républicain contre le racisme et pour l’égalité des chances. On peut à présent penser que la France est mure pour la constitution d’un parti libéral moderne.
Le succès de Nicolas Sarkozy c’est aussi le grand échec de Ségolène Royal. Elle partait pourtant favorite dans la compétition. Sa féminité, sa relative virginité politique jouaient en sa faveur. Mais, progressivement, son image s’est érodée.
Cela s’est produit parce qu’elle a démontré en plusieurs occasions son inexpérience ou sa maladresse. Problèmes de caractère sur lesquels ont insisté son ancien ministre Claude Allègre ou son conseiller économique Eric Besson qui a même déserté en cours de campagne pour rejoindre le camp Sarkozy. Même si en fin de partie, elle a affirmé une certaine autorité, elle n’a pas convaincu sur son aptitude à exercer, pour l’instant, la fonction suprême.
La compagne de François Hollande a souffert aussi d’un positionnement politique fluctuant et incertain. Dans la phase de désignation, elle s’est appuyée sur l’opinion contre les caciques du PS. Elle s’est ensuite raccrochée fermement au Parti Socialiste pour, dans l’entre deux tours, se rapprocher du centriste Bayrou tout en sollicitant les suffrages de l’extrême gauche.
Le revers de Ségolène Royal c’est aussi l’échec du Parti socialiste. Un parti divisé en baronnies qui tirent à hue et à dia. Un parti dont les caciques ont assuré un service minimum pour leur candidate. Un parti qui n’a pas su faire sa mue idéologique et qui se rattache toujours à un marxisme dépassé L’échec va obliger le parti socialiste à se repenser, à se refonder.
Sur ce chemin, il pourrait rencontrer François Bayrou qui, après avoir défendu dans sa campagne de premier tour le « ni droite, ni gauche » a tenté de s’inviter dans la campagne du second tour comme un adversaire résolu de Sarkozy. Les réalités électorales expliquent que ses élus qui ont besoin des voix UMP pour être confirmés dans leurs mandats ne l’aient guère suivi.
Deux France se sont manifestées dans cette compétition. Une France de gagneurs, avides et conquérants et une France fatiguée et demanderesse de protections. Ce sera la tache la plus difficile pour le nouveau Président : réconcilier ces deux France et les atteler à un projet commun pour construire une démocratie moderne.
Charles Debbasch
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ENTRE DEUX TOURS
L’entre deux tours de l’élection présidentielle présente des caractéristiques originales sinon inédites sous la Cinquième République.
La première originalité est la volonté du candidat arrivé en troisième position- et donc exclu du second tour -de continuer à exister malgré le verdict des urnes. François Bayrou a cherché, avec l’obstination qu’on lui connaît, à imposer un débat avec les deux autres candidats .Tout en affirmant qu‘il n’entend pas choisir entre la « Royal peste »et le « Sarko cholera », il a paru, malgré tout incliner, vers le succès de Royal qui a besoin des voix centristes pour réussir.
Même si cette tentative a connu un certain succès médiatique, elle a entrainé des réactions hostiles.
Dans le camp socialiste, la gauche- avec Melenchon et Emmanuelli- s’est élevée contre la tentation centriste de Ségolène. Quant à l’UDF, elle n’a guère suivi son leader .La base UDF a une alliance électorale avec la droite et elle ne peut se permettre, à un mois des législatives, de flirter dangereusement avec le parti socialiste qui est son concurrent dans la plupart des circonscriptions.
Dans le camp Sarkozy, l’unité n’a pas été mise en cause mais la campagne du second tour est marquée par le souci d’ouverture au centre. En annonçant une dose de proportionnelle, Sarkozy tient compte de l’aspiration populaire manifestée dans le vote Bayrou : la volonté de casser le mur entre les deux blocs politiques.
Les campagnes présidentielles se gagnent ou se perdent au centre.
Il y a fort à prévoir que .sauf surprise de dernière minute, ce rassemblement gagnant va se cristalliser autour de Nicolas Sarkozy plutôt qu’autour de Ségolène Royal trop marquée par ses ralliements communistes et trotskystes pour attirer le marais centriste.
Ce sera une frustration de plus pour François Bayrou : être exclu d’une compétition où nombre des idées qu’il a défendues s’imposent.
Charles Debbasch
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Fin de campagne
C’est une fin de campagne morne et languissante à laquelle nous assistons.
Tout parait avoir été dit. Les candidats s’essoufflent à rassembler les électeurs qui ont toujours autant de mal à se déterminer. En ce printemps c’est l’automne de la présidentielle. Sans doute, la campagne a-t-elle commencé trop tôt .Mais plus sûrement c’est la période d’entre deux que nous connaissons qui explique la morne plaine que nous traversons.
La France est à la veille de grandes mutations mais ni les candidats, ni les électeurs n’ont le courage de voir cette réalité en face.
Alors faute de proposer le règlement des vrais problèmes, chacun s’accorde à disserter de l’ancien. La fonction publique et pléthorique et inadaptée mais qui peut avoir le courage de le dire au risque de perdre des millions de voix ? Le système d’assistanat généralisé ruine l’économie française mais qui osera se priver des suffrages des assistés ? L’école a besoin d’une révolution mais qui peut penser porter atteinte à la corporation des enseignants en période électorale ?
Les vrais débats étant esquivés, il reste alors à servir la même potion. Droite et gauche s’affrontent dans le désordre crée par des candidatures de témoignage. Le classicisme ce serait le duo probable en tête Sarkozy Royal. La surprise serait l’émergence de Bayrou.
Charles Debbasch
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PRESIDENTIELLE : RETOUR AU CLASSICISME PARTISANLa campagne présidentielle avait, à ses débuts, des velléités innovatrices. Ségolène Royal paraissait se présenter en candidate libre de toute allégeance partisane. Nicolas Sarkozy cherchait ses références chez Jaurès. On ne reconnaissait plus les traditionnels clivages partisans.Voici qu’à présent, dans la dernière ligne droite, le débat revient au traditionnel combat droite gauche. Ségolène Royal fait désormais meeting commun avec le leader du PS, François Hollande, tandis que Nicolas Sarkozy durcit son discours et se fait le champion de l’ordre et de la lutte contre l’immigration. Du coup, François Bayrou, pris en sandwich entre les deux camps, se trouve compressé dans une espace politique de plus en plus étroit.L’explication de cette évolution est simple. Elle repose, tout d’abord, sur la nécessite pour les candidats pour réussir leur campagne de s’appuyer sur un appareil politique puissant. Or, les partis sont plus représentatifs de l’état actuel de la société politique que de son avenir. Le conservatisme de la société française explique aussi cette évolution. Les Français sont avides de changement mais aussi prisonniers de leurs habitudes électorales. Ils préfèrent l’existant au saut dans l’inconnu.Il n’y a pas eu dans cette campagne l’émergence d’un homme nouveau susceptible de transcender les clivages actuels. François Bayrou a un instant occupé cet espace d’innovation .Mais il était trop lié à l’ancien système pour pouvoir le transcender et aussi, sans doute, la société française n’était pas encore mure pour un grand changement. Ce sera une des responsabilités majeures du futur Président de tracer les routes de la grande mutation politique dont la France a besoin.
Charles Debbasch
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LES DOUZE CANDIDATS A LA PRESIDENTIELLE
La démocratie repose sur deux exigences contradictoires. La justice qui impose que tous les courants de pensée puissent influencer le processus de décision. L’efficacité qui suppose que les acteurs politiques soient appelés à se rassembler pour qu’un pouvoir solide et stable émerge.
Les conditions de la candidature à l’élection présidentielle cherchent à concilier ces deux exigences. Tous les candidats à la présidentielle sont traités de façon rigoureusement égale. Mais, pour être candidat, il faut disposer au moins de cinq cents signatures d’élus dans 30 départements.
On est étonné que pendant la pré campagne la démagogie ait conduit à considérer que cette exigence était trop restrictive. Car, au bout du compte, nous voici avec douze candidatures validées par le Conseil Constitutionnel. Quatre candidatures d’extrême gauche :Olivier Besancenot (Ligue communiste révolutionnaire), Arlette Laguiller (Lutte ouvrière) Gérard Schivardi (Parti des travailleurs), José Bové (altermondialiste) .. Un communiste Marie-George Buffet (Parti communiste). Un écologiste Dominique Voynet (Verts). Un socialiste Ségolène Royal (Parti socialiste). Et en allant du centre à l’extrême droite, François Bayrou (UDF), Nicolas Sarkozy (UMP Philippe de Villiers (Mouvement pour la France), Frédéric Nihous (Chasse, Pêche, Nature et Traditions), Jean-Marie Le Pen (Front national),
On peut remarquer que si le nombre de candidats est inférieur à celui de 2002 (16), il est supérieur à ceux de 1995 (9), 1988 (9), et 1981 (10). Il y avait eu 12 candidats en 1974, sept en 1969 et six en 1965.
Tous ceux qui craignaient de voir se restreindre le nombre de candidats vont peut être à présent se plaindre que toutes les personnes qui briguent le mandat présidentiel disposent de l'aide financière de l'Etat et de l'accès aux moyens de communication», L'égalité des temps de parole entre les candidats est en effet la règle sur les chaînes de télévision et les radios.
On pourra alors s’étonner que trois candidats trotskystes, aux audiences infinitésimales dans l’opinion, cumulent au bénéfice de leur tendance trois fois plus de temps de parole que chacun des grands candidats.
On dit que l’élection doit être une photographie de l’opinion. La campagne télévisée va ressembler plutôt aux miroirs des foires qui déforment de façon ridicule telle ou telle autre partie du corps…électoral.
Charles Debbasch
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FAUT-IL CREER UNE SIXIEME REPUBLIQUE ?
Ségolène Royal puis François Bayrou ont proposé de créer une sixième République. Ils entendent ainsi marquer la rupture avec la situation actuelle. Rappelons que l’IIIe République est morte avec le désastre de 1940, que la Ive République s’est effondrée après le putsch d’Alger. La situation actuelle est bien loin de ces deux séismes mais les adeptes de la Vie République estiment qua nous en sommes bien proches et qu’il vaut mieux prévenir une explosion.
C’est le socialiste Arnaud Montebourg qui a le premier soutenu la nécessité du changement. Il a créé une Convention qui milite pour un changement de République. Elle considère qu'une des causes de l'
abstention et de la
dépolitisation réside dans les dysfonctionnements de la
Ve République. Les conventionnels pointent l'absence de contrôle et donc de responsabilité politique pour tout ce qui concerne le
Président de la République.
La Convention pour la 6e République prône donc un régime primo-ministériel, où les pouvoirs de contrôle du Parlement seraient accrus. Le président de la 6e République aurait un rôle d'arbitre, garant du bon fonctionnement des nouvelles institutions et ne serait pas élu au suffrage universel direct.
Le changement de République passe par l’adoption d’une nouvelle Constitution. Mais, est-ce bien là le problème essentiel de la France aujourd’hui ?
Les questions de société priment aujourd’hui par rapport aux problèmes de textes. Les maux dont souffre notre pays sont bien connus.
La France a le système bureaucratique le plus lourd de tous les pays libéraux. La société française est tout entière fonctionnarisée. L’Etat est surpuissant-il intervient sur tout-et il est relativement inefficace. La décentralisation au lieu de libérer les énergies participatives n’a fait qu’alourdir la machine en créant de nouveaux pôles de décision.
La France a développé les structures d’assistance sans faire prospérer l’esprit de responsabilité. L’idée d’un Etat vache à lait qui doit tout et auquel on ne doit rien s’est implantée dans l’opinion ; Elle déséquilibre les mécanismes sociaux et toute l’économie. Le manque de flexibilité du travail, la généralisation des trente cinq heures ont eu leur part corrosive dans les équilibres fondamentaux. L’endettement colossal pèse sur les comptes et compromet l’avenir de la France.
L’idée d’un Etat impartial s’est estompée. Les groupes ont pris possession de l’Etat et lui ont ôté sa virginité politique. L’esprit public s’est émoussé au profit du corporatisme et de l’esprit de chapelle. Même la magistrature qui devrait être indépendante n’échappe pas à cette emprise.
Plus la machine étatique s’alourdit et moins le pouvoir politique arrive à la contrôler.
Les citoyens sont insatisfaits devant cette déviance collective mais chaque catégorie défend ses privilèges dés que quelque s’avise de les lui disputer. Il faudrait pour transformer la société des dirigeants audacieux et visionnaires mais les politiques sont emprisonnés dans les marécages des sondages qui n’indiquent que la température de l’instant.
C’est donc d’une révolution politique que la France a besoin et non d’un ravalement constitutionnel et juridique.
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LES TROIS GRANDS CANDIDATS ET LES PARTIS
La situation des trois principaux candidats par rapport aux formations politiques est assez différente
Nicolas Sarkozy a une position claire. Président de l’UMP, il a été investi par cette formation qu’il contrôle parfaitement .Il bénéficie ainsi d’une puissante structure de soutien.
La position de Ségolène Royal est plus délicate. Elle vient de l’avouer elle-même en déclarant. « J'ai eu beaucoup de liberté dans le débat interne. J'ai été moins libre parce que je suis appuyée par une organisation politique. [...] Je suis dans la dernière ligne droite. Je reprends toute ma liberté. » En d’autres termes, sa campagne a connu trois phases. Dans la première étape de gestation de sa candidature -celle qui a le mieux fonctionné-, elle s’est considérée comme libre par rapport au PS. Investie ensuite par ce parti, elle est devenue la prisonnière de ses éléphants. Ce rétrécissement lui a nui dans l’opinion : voilà pourquoi, elle tente à présent de retrouver sa liberté. Mais, il n’est pas sur que cette politique d’aller et retour ne désoriente pas l’opinion
François Bayrou, même s’il est le président de l’Udf, présente sa candidature comme transcendant les courants politiques. Il souhaite briser le clivage droite gauche et donc faire explose le système bipartisan actuel.
Le problème est qu’il y a un après élections. La position qui est la plus confortable pour être élu –ne pas être enfermé dans un parti –est aussi la plus inconfortable pour gouverner après l’élection. Des trois candidats Nicolas Sarkozy est le seul qui, s’il était élu, disposerait d’une majorité parlementaire. Les deux autres candidats devraient obligatoirement dissoudre après leur éventuelle victoire. Une dissolution Royal nous placerait dans un affrontement classique droite gauche. François Bayrou tenterait pour sa part de dynamiter les clivages actuels. Mais,les partis ont la peau dure et il est probable que , dans un laps de temps aussi court, le seul résultat serait l’implosion de l’UMP et des ralliements individuels qui amorceraient l’éventuelle recomposition.
Si les partis ne font pas toujours la loi, il n’en existe pas moins une implacable loi des partis.
Charles Debbasch
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BLOG DE CHARLES DEBBASCH
L’IDENTITE NATIONALE
Une controverse est née à propos de la proposition de Nicolas Sarkozy de créer un ministère de l’immigration et de l’identité nationale. Le thème de l’identité nationale mérite, il est vrai, d’être mieux creusé et défini.
Chaque Nation se reconnaît dans sa géographie, son histoire, sa langue, son caractère. Tous ces traits communs forgent une identité. De même que chaque personne humaine a son identité à nulle autre pareille, de même les peuples de la terre ont chacun une spécificité. Mais une Nation n’est pas seulement le constat d’une différence, d’un particularisme. Elle ne trouve sa force que dans la volonté d’un groupe social de vivre ensemble, de se forger une communauté de destin, de se défendre contre les atteintes à son identité venant de l’extérieur.
Cette volonté commune s’est singulièrement affadie à l’époque contemporaine. L’Europe’ forge elle-même son identité sur l’effacement des spécificités nationales. La progression d’un individualisme matérialiste contribue à affaiblir le sens de la Nation. Dés lors la porte est ouverte au déferlement des particularismes intérieurs à la Nation ; Chaque peuple, chaque religion se replie sur ses quartiers. Le communautarisme prend le pas sur le nationalisme juste au moment où une immigration massive plus difficilement assimilable se déploie et exalte ses particularismes.
Il faut bien se rendre compte que c’est l’affadissement de notre Nation qui est à l’origine du problème. A nous de savoir retrouver la communauté d’une Nation, ouverte et tolérante, mais sans complexes pour affirmer son identité et défendre ses valeurs.
Charles Debbasch
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LES ADIEUX DE CHIRAC
Il n’est jamais facile de quitter un mandat électif. A plus forte raison quand on exerce la fonction suprême et que l’on est immergé dans l’action publique depuis quarante ans.
Après deux mandats présidentiels, l’un de sept ans, l’autre de cinq ans Jacques Chirac s’apprête à quitter le devant de la scène. Son allocution télévisée traduisait son émotion. C’est la gorge nouée que le Président de la République a annoncé qu’il ne se représenterait pas. C’est avec autorité qu’il a présenté son testament politique.
Comme c’est la tradition en fin de mandat, les attaques et les insultes ont fusé sur l’ancien député de Corrèze. Mitterrand avait connu les mêmes agressions alors qu’il était affaibli. Les journalistes sont courageux mais pas téméraires. Ils préfèrent tirer sur une ambulance que sur un homme puissant. Les torrents de boue déversés contre Jacques Chirac ont sans doute blessé l’intéressé. C’est pourquoi. il a fait lui-même le bilan de son action en se situant sur les hauteurs d’une France audacieuse conquérante et tolérante.
Habile à conquérir à la hussarde les mandats en 1995 et en 2002, il a moins brillé dans les autres consultations populaires. Il compte à son passif une dissolution et un referendum européen ratés. Mais, il a su surmonter ces échecs et a imprimé sa propre marque à l’action publique.
L’homme a changé à l’exercice du pouvoir. Il est passé du gaullisme en 1968, au libéralisme débridé en 1986 et à une sorte de radicalisme laïque et tolérant adversaire de la fracture sociale dans son dernier mandat. Si ses adversaires l’ont classé à droite, son exercice du pouvoir le situe plutôt au centre gauche.
Représentant de la technocratie qui gouverne la France, il a renforcé l’Etat et n’a pas vraiment réduit les prélèvements obligatoires.
L’histoire jugera son action. Loin des polémiques et des excès.
Charles Debbasch
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LA FRANCE A LA VEILLE DE LA PRESIDENTIELLE
QUELS CLIVAGES POLITIQUES ?
La France connaît depuis les débuts de la Vé République un clivage manichéen droite- gauche. Le système à dominante bipartisane est le résultat des modes de scrutin. Pour les présidentielles au second tour, deux seuls candidats restent en lice. Ce dualisme oblige aux regroupements et écarte les petits partis qui avaient fait la loi sous la IVe République. Ce système favorise les jeux de balancier et les brusques mutations politiques. Longtemps favorable à la droite, il a procuré l’avantage à la gauche à partir de 1981.
Pourtant se système s’est progressivement essoufflé. Les électeurs ont montré leur agacement par différents signaux.
Alors que l’on pensait que les majorités parlementaires et présidentielles coïncideraient toujours ,les électeurs ont crée des situations de cohabitation. Au détriment de Mitterrand en 1986, au passif de Chirac après la dissolution ratée de 1997.Par une sorte de revanche sur un système électoral contraignant, les électeurs obligent la droite et la gauche au compromis en créant une situation de cohabitation.
L’élection présidentielle de 2002 est encore plus significative. Les électeurs éliminent du second tour le candidat du PS ;Ils dispersent leurs voix sur de petits candidats ; Cette rébellion permet au FN d'être présent au second tour et oblige la gauche et la droite à réunir leurs suffrages sur le candidat Chirac .La progression fulgurante du candidat Bayrou dans l’actuelle présidentielle est également le signe du rejet progressif par l’opinion du système clanique.
Il est vrai que s’il existe plus qu’un papier de cigarette entre les programmes de droite et de gauche, le ravin qui séparait les deux grands clans politiques s’est transformé en une dunette qui se transforme au gré du vent.
Le transfert progressif des pouvoirs vers l’Union européenne affadit les clivages. L’instauration progressive d’une économie ouverte et régulée par l’euro interdit les virages à angle droit. La folie dépensière de 1981 ne serait plus aujourd’hui possible. Le libéralisme échevelé ne pourrait pas davantage s’instaurer. La mondialisation de l’économie impose des contraintes qui remettent en cause les choix idéologiques. Que pèsent les 35 heures face aux risques de délocalisation?
Les grands débats de société voient s’effriter les lignes de fracture Face à la question de l’immigration , l’opinion est partagée par une ligne qui n’est pas celle de la frontière droite –gauche. L’école n’est plus la propriété de la gauche et les enseignants affrontés au pays réel ne se sentent plus esclaves d’un seul camp.
Les partis eux-mêmes ressentent ces transformations. Les sondages inspirent davantage l’action de leurs dirigeants que leurs programmes politiques. Les électeurs par cette démocratie directe redeviennent les maitres du jeu .A force de coller aux sondages , les partis se ressemblent pour tenter de mieux rassembler.
Et pourtant, dans les propos télévisés, les meetings, les deux grands camps continuent à faire comme si rien n’avait changé. Ils profèrent les mêmes anathèmes, les identiques exclusions, les sempiternelles excommunications. C’est qu’ils tiennent à leur pré carré électoral. La loi électorale les oblige pour survivre de continuer à s’affronter pour mieux dominer. Il suffit de constater les tirs croisés de la droite et de la gauche contre Bayrou. L’essentiel de l’argumentation repose sur l’impossibilité de traduire la troisième voie sur le terrain électoral.
Ce clivage entre ce qui est ressenti par l’opinion comme une division obsolète et la nécessité pour la droite et la gauche de s’opposer pour survivre explique en grande partie le désenchantement de l’opinion face aux grands partis et le recherche confuse et désordonnée d’espaces de respiration politique hors des champs traditionnels.
Nous vivons à l’évidence la fin d’une période politique. Des mutations se préparent qui imposeront un renouvellement profond du paysage politique et, sans doute, une modification de la loi électorale.
Doyen Charles Debbasch
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QUEL REGIME POLITIQUE POUR LA FRANCE?
La France vit sous le régime de la Constitution du 4 octobre 1958, texte fondateur de la Ve République. adoptée par référendum le 28 septembre 1958.Mais , il ya bien peu de rapports entre le texte de 1958 et sa version actuelle.
En effet, la Constitution a été
modifiée à vingt-deux reprises par le pouvoir constituant, (Parlement réuni en Congrès, ou directement par le peuple à travers le référendum.) La dernière modification du 23 février 2007 (Journal officiel du 24 février 2007) a porté sur trois points: le corps électoral de la Nouvelle-Calédonie, la responsabilité du Président de la République et l’interdiction de la peine de mort.
Tous ces changements n’ont pas la même portée. Certains sont justifiés par l’évolution du cours de l’histoire comme la suppression de la Communauté avec les Etats africains. D’autres relèvent de la mode comme l’insertion dans le texte fondamental de la Charte de l’environnement .D’autres sont plus profonds. Ils ont bouleversé l’équilibre constitutionnel prévu en 1958.
La modification giscardienne du mode de saisine du Conseil Constitutionnel a marqué un profond changement dans la tradition constitutionnelle française. L’absolutisme de la majorité était jusqu’alors un principe fondamental de la Ve République. En permettant désormais la saisine du Conseil Constitutionnel par soixante députés ou soixante sénateurs, la nouvelle rédaction constitutionnelle a donné à la minorité parlementaire la possibilité de mettre en échec pour inconstitutionnalité les lois votées par la majorité. Les opposants de droite ou de gauche ne se sont pas privés d’utiliser cette possibilité qui a permis un profond rééquilibrage des pouvoirs. La majorité parlementaire sait désormais qu’elle n’a pas le pouvoir de tout faire et qu’elle est soumise comme la minorité à la loi constitutionnelle.
La modification chiraquienne de la durée du mandat du Président de la République en 2000 a, elle-même, des conséquences profondes.
Le septennat donnait une grande autorité au Président de la République. Monarque républicain élu au suffrage universel, la durée de son mandat l’instituait en véritable détenteur du pouvoir d’Etat face à une assemblée plus fugace. Il pouvait, pendant son septennat, utiliser plusieurs premiers ministres et remodeler le gouvernement à sa guise. La réduction du mandat à cinq ans oblige le président à une gymnastique compliquée. Dés la troisième année, s’il veut garder son autorité il doit annoncer ou faire croire qu’il va se représenter. Manquant de continuité, il peut plus difficilement changer de Premier ministre ce qui renforce le pouvoir de Matignon. A vrai dire cette modification constitutionnelle a bouleversé les institutions voulues par le Général de Gaulle. Même s’il garde de grands pouvoirs le Chef de l’Etat est sorti diminué de l’institution du quinquennat.
Doyen Charles Debbasch
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FRANCOIS BAYROU LE TROISIEME HOMME
DE LA PRESIDENTIELLE
François Bayrou est à l’évidence le troisième «homme » -Ségolène Royal nous pardonnera de la masculiniser ainsi.-de la compétition présidentielle Il progresse constamment dans les sondages et une étude récente montre que s’il parvenait à franchir e cap du second tour il battrait aussi bien Royal que Sarkozy
Cette envolée est due sans conteste aux qualités personnelles du candidat à sa foi, à sa force de conviction. Elle est aussi l’expression de tendances plus profondes.
Depuis le début de la cinquième République, la bipolarisation de la vie politique est plus subie qu’acceptée par l’électorat. Celui-ci ressent que le clivage droite gauche et le manichéisme qu’il entraîne ne correspondent pas aux exigences de la société française. Et il est vrai qu’il est largement obsolète. Les facteurs traditionnels de division entre la droite et la gauche sont brouillés. Il suffit de remarquer, par exemple, que la droite défend les avancées sociales et que la gauche s’est ralliée à la promotion du secteur privé. L’opposition droite gauche apparaît donc comme la défense d’une situation dépassée par ceux qui sont installés dans le confort de leurs camps respectifs. François Bayrou situé au point des convergences recueille de ce fait naturellement les effets bénéfiques de ce courant consensuel .Et cela d'autant plus fortement que Ségolène Royal rattrapée par les éléphants du PS abandonne son image consensuelle et s’arc-boute sur le socialisme pur et dur.
Mais, pour transformer son essai, le patron de l’UDF doit vaincre des pesanteurs vivaces. Le système électoral législatif favorise la bipolarisation. Les députés centristes s’ils ne veulent pas être laminés aux élections doivent bénéficier d’alliances politiques à droite. Ce rouleau compresseur électoral a broyé naguère Lecanuet. Il a contrecarré le giscardisme. Il freine les volontés émancipatrices de l’UDF.
Une surprise est cependant toujours possible. S’il parvenait au second tout, Bayrou pourrait lancer un grand rassemblement centriste pour répondre à l’attente conciliatrice de l’électorat.
Charles Debbasch
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CAMPAGNE PRESIDENTIELLE : VERS LA DEMOCRATIE DIRECTE
Alors que la campagne présidentielle officielle n’a pas encore débuté, des modifications majeures sont apparues dans le style et dans le fond de la compétition Elles marquent, d’ores et déjà, une nouvelle étape dans l’évolution démocratique française.
La première mutation concerne les organes de médiation entre l’opinion publique et les candidats. Cette médiation était, jusqu’ici, l’œuvre quasi exclusive des journalistes qui jugeaient ou jaugeaient les attentes des électeurs et les réponses des politiques. Progressivement, les journalistes sont en voie de perdre ce monopole. Ils souffrent d’un manque de crédit. Ils sont jugés pas assez indépendants et on leur reproche de confondre trop souvent leur opinion personnelle et la relation des faits. L’irruption de l’internet permet aujourd’hui aux groupes organisés comme aux simples citoyens d’intervenir dans le débat et de faire valoir leur opinion. Ce journalisme citoyen révolutionne la campagne. Il interpelle les candidats aussi bien que les organes d’information.
Un deuxième phénomène illustre les mutations. Le besoin que ressentent les candidats de recueillir directement les souhaits des citoyens ; Segolène Royal a cherché à travers ses débats participatifs à moissonner les desiderata des électeurs .Quant à Nicolas Sarkozy, il est allé au-devant des divers groupes sociaux pour en tirer la substantifique moelle. TF1 ne se contente plus de faire interroger les candidats par des journalistes mais fait appel à un panel d’électeurs. Les sondages eux-mêmes se sont affinés : ils scrutent les attentes avec précision et rigueur.
Une sorte de démocratie directe parait remplacer la démocratie participative.
Il n’est pas certain que cette évolution n’ait que des conséquences positives.
L’addition des vœux contradictoires de l’opinion ne constitue pas une politique. La société française a besoin de réformes de structures qui heurtent les intérêts alors que la photographie de l’opinion est conservatrice. Les politiques qui se calent sur les revendications des groupes sociaux se verront demain reprocher de n’avoir pas été assez audacieux et de ne pas avoir crié haut et fort que le système de sécurité sociale, le régime des retraites, l’éducation nationale vont droit dans le mur si des réformes drastiques ne sont pas initiées le plus vite possible.
Il est vrai que l’homme politique qui annoncerait toutes ces réformes mécontenterait tellement de catégories sociales qu’il aurait peu de chances d’être élu. Il restera alors demain au futur président à ouvrir avec les citoyens le débat de la nécessaire réforme que la campagne électorale n’aura pas permis d’aborder.
Charles Debbasch
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SEGOLENE ROYAL AU SERVICE DES ELEPHANTS DU PS ?
En dévoilant son programme ce 11 février 2007, Ségolène Royal a, comme l’annonçaient déjà ses dernières prises de position, revêtu les couleurs du socialisme .Sa tenue vestimentaire rose renforçait son choix à l’image Ainsi, s’ouvre la nouvelle phase de la candidature Royal.
Pour s’imposer dans la pré campagne aux éléphants du PS, Ségolène Royal s’était appuyée sur l’opinion publique contre l’appareil de son parti .Pour ce faire, elle avait tenu un discours vague, attrape-tout, destiné à séduire la plus large partie de l’opinion. Elle avait ainsi triomphé des éléphants du PS. Mais, ceux-ci ont bien vite retrouvé la puissance de leurs défenses. Dans le dur match présidentiel, la candidate Royal est apparue trop faible et peu expérimentée. Elle a accumulé des bévues qui l’ont fragilisée. Par ailleurs, la multiplication des candidatures à gauche lui faisait courir le risque majeur d’un émiettement des voix susceptible de l’écarter du second tour de la présidentielle. Il fallait donc remobiliser l’électorat de gauche.
Le discours de Villepinte sonne le retour au classicisme : la candidate Royal est rentrée dans le rang. Elle est désormais la représentante du peuple de gauche et ses 100 propositions rappellent les 110 mesures du candidat Mitterrand. Le catalogue est classique et peu innovateur : La priorité sera donnée au social avec l’abrogation du CNE, la revalorisation immédiate des petites retraites, le smic à 1 500 euros "le plus tôt possible dans la législature", une conférence nationale sur les salaires dès 2007. La candidate cible la "vie chère", et les tarifs bancaires excessifs. Elle insiste sur le droit au logement, souhaite promouvoir les services publics. Tout ceci est d’un classicisme de gauche bon teint.
Le bilan électoral de ce discours sera contrasté. S’il va contribuer à ressouder le PS autour de Ségolène Royal, il va également écarter les électeurs qui recherchaient chez la présidente de Poitou- Charente un vent nouveau loin des clivages politiques traditionnels. La candidate était trop fragile pour porter sur ses seules épaules le poids de la campagne. La voici à présent sur le dos des éléphants qui la conduiront vers leurs sentiers traditionnels.
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SEGOLENE ROYAL VIRE A GAUCHE
Jusqu’ici, la candidate Ségolène avait réussi à maintenir le flou sur son programme et ses alliances. Sa candidature était une candidature attrape-tout. Elle jouait plus sur sa personnalité que sur son programme, plus sur l’opinion que sur son parti.
Voici qu’elle vient brusquement de changer d’orientation en adoptant un discours résolument de gauche et en se rapprochant de l’appareil du PS.
Cette évolution s’explique par l’impasse dans laquelle se trouvait la candidate.
D’une part, ses propos ont révélé une certaine fragilité qui a détruit une partie de l’image positive ressentie jusqu’alors par l’opinion. Il était donc nécessaire de trouver un renfort dans le militantisme de parti.
D’autre part, le « peuple de gauche »avait du mal à se mobiliser autour d’une candidature peu colorée. Il retrouve son élan au fur et à mesure que Ségolène Royal rejoint la ligne traditionnelle de son parti.
On peut penser que la candidate va accentuer cette imprégnation de gauche au fur et à mesure que la campagne va avancer.
On se rapproche donc, de plus en plus d’un affrontement traditionnel droite-gauche.
Les conséquences de ce changement vont inévitablement profiter au candidat centriste Bayrou. Les électeurs centristes qui avaient été séduits par le modernisme de Ségolène Royal vont progressivement rejoindre leur famille d’origine. Et, si par réplique, le candidat Sarkozy se laissait enfermer dans le camp de la droite traditionnelle-ce qui n’est pas le cas pour l’instant-la même tendance pourrait se manifester dans une partie de son électorat.
Charles Debbasch
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LA CORSE INDEPENDANTE DE SEGOLENE ROYAL
Ségolène Royal a été piégée par l'imitateur Gérald Dahan qui s’est fait passer pour le premier ministre du Québec, Jean Charest, Le faux premier ministre québécois rappelle la polémique avec le Canada après les propos de Mme Royal sur la souveraineté du Québec et lui dit : "C'est comme si nous, on disait 'il faut que la Corse soit indépendante'." Ce à quoi réplique Mme Royal : "Les Français ne seraient pas contre d'ailleurs." Et, d'ajouter en riant: "Ne répétez pas cela. Cela va encore faire un incident, ce coup-là en France. C'est secret."Ce secret ayant passé le mur de la presse va sans nul doute déclencher la polémique.
Les propos initiaux de Madame Royal n’étaient pas, en effet anodins. Lors de sa rencontre à Paris avec le dirigeant du Parti Québécois (séparatiste) André Boisclair, Ségolène Royal, avait dit partager avec son interlocuteur des valeurs communes, "c'est-à-dire la souveraineté et la liberté" du Québec. Ces propos avaient aussitôt été rangés par la droite au rang des gaffes diplomatiques de la candidate socialiste après ses déclarations au Liban ou en Chine.
Il est vrai que la politique internationale est un terrain difficile. Les électeurs français sont plus intéressés par la politique intérieure que par les relations internationales. Mais, tout bon candidat à l’élection présidentielle se doit d’acquérir une aura internationale.
Se mouvoir dans cette galaxie n’est pas aisé. Il y faut une bonne expérience du sens de la litote pour parler sans se compromettre et pour se concilier les uns et les autres sans se contredire comme l’a fait Ségolène qui a déclaré le lendemain en Israël le contraire de ce qu’elle avait affirmé la veille chez les palestiniens.
Mais, l’humoriste Dahan vient brusquement de déplacer le débat. En mettant la Corse et le Québec dans le même panier, Madame Royal franchit un seuil que sans doute les plus acharnés des nationalistes corses n’espéraient pas voir atteint si vite. Le débat sur l’unité de la nation française existe, il est vrai, et notre République a longtemps confondu l’unité et l’uniformité. Mais, de là à assimiler le Québec et la Corse, il y a un fossé. Nul doute que les souverainistes vont proposer d’envoyer la candidate socialiste en cabane au Canada.
Charles Debbasch
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LE SACROZY OU LE SACRE DE SARKOZY
En ces temps de néologismes et de bravitude, il n’est pas interdit de forger un nouveau vocable pour qualifier l’investiture de Nicolas Sarkozy par le Congrès de l’UMP. Nous avons assisté à un véritable Sacrozy : un sacre de Sarkozy par des militants quasiment unanimes qui ont placé leur candidat sur un véritable pièdestal. Cette grande messe de consécration s’est déroulée dans l’enthousiasme et sans bavures. Elle constitue une rampe de lancement idéale pour le ministre de l’Intérieur.
Les obstacles étaient pourtant nombreux sur sa route.
Il devait se concilier tous ceux qui avaient rêvé à leur propre candidature comme les Juppé ou Alliot-Marie.
Il devait également, et c’était plus difficile, balayer les rancœurs de tous ceux qui le soupçonnent d’anti-chiraquisme depuis sa « trahison »balladurienne.
Il lui fallait aussi tracer sa ligne droite malgré le silence dubitatif de Jacques Chirac qui s’est bien gardé jusqu’ici d’indiquer sa position.
Avec une force de conviction sans failles, une détermination sans faiblesse et un sens de la diplomatie qu’on ne lui connaissait pas jusqu’ici, Nicolas Sarkozy a tracé son chemin sans bavures et s’est mis en position d’être le candidat unique de la droite et du centre contre l’élue du Parti socialiste.
Le succès ou l’échec du ministre de l’Intérieur va, à présent, dépendre d’une série de facteurs qui constituent autant d’obstacles potentiels.
Il va luî falloir naviguer entre deux pôles aussi distants que ceux de l’atlas.
Il doit adopter un discours ferme et sécuritaire pour rassurer un électorat inquiet devant les dérives de l’immigration et de l’ordre public. Mais, il doit, dans le même temps, rassembler tous ceux qui rêvent d’une France moderne, ouverte et tolérante. Bel exercice d’équilibrisme.
Il doit se poser en successeur naturel de Jacques Chirac sans se laisser enfermer dans une stricte continuité. Il doit donc incarner le changement dans la continuité. S’il appuie trop fortement sur la pédale de la continuité, il perdra l’adhésion des nouvelles générations avides de renouveau. S’il insiste trop sur la rupture, il perdra le soutien des chiraquiens fervents.
C’est là que se jouera l’échec ou le succès de la candidature Sarkozy. Jacques Chirac a proclamé qu’il souhaitait peser sur la campagne. Ce poids peut faire perdre à Nicolas Sarkozy les voix nécessaires pour être élu ou, au contraire, lui fournir les ailes de la victoire.
Charles Debbasch
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LA CANDIDATURE SARKOZY
En officialisant sa candidature, Nicolas Sarkozy n’a fait que confirmer ce à quoi il confessait penser depuis longtemps et pas seulement en se rasant : il souhaite devenir le futur Chef de l’Etat. La méthode qu’il a suivie ressemble à celle de son ainé Chirac. Il a exercé les plus hautes fonctions ministérielles. Il a pris le contrôle d’un grand mouvement politique. Il n’a pas manqué d’appétit politique exerçant des mandats politiques divers très jeune. Ainsi, il s’est préparé à des fonctions suprêmes et il ne manque pas d’expérience. Sa notoriété est grande et son adhésion populaire variée. Cet homme est un libéral qui croit aux valeurs de l’initiative privée mais qui adhère au rôle régulateur de l’Etat. Il défend l’ordre républicain sans lequel il n’est pas de société organisée. Il défend une politique étrangère indépendante sans se sentir obligé d’insulter tous les jours les Etats-Unis en prenant sa douche.
Sa personnalité se distingue de celle de Ségolène Royal. Membre de l’establishment politique il ne bénéficie pas de l’effet de fraicheur que produit la candidate socialiste. Il dispose, en revanche, de l’expérience des affaires de l’Etat que ne partage pas encore la candidate du PS. Seule la campagne électorale permettra en effet d’éclairer les électeurs sur ce que fera Ségolène Royal si elle est élue tandis que déjà chacun peut imaginer ce que sera une présidence Sarkozy.
La force de la candidature Sarkozy réside là. Chacun peut le juger sur son action passée. On peut dire qu’il est « prévisible « alors que la candidate PS est « imprévisible. »
Sarkozy ne manque cependant pas de handicaps.
La droite est ainsi faite qu’elle connaît plus d’aptitude à la division que la gauche. Sans parler de l’effet Le Pen qui est difficilement mesurable, il reste deux inconnues. Que fera le camp villepiniste à l’intérieur de l’UMP . Il est douteux qu’il se rallie avec autant de spontanéité au candidat Sarkozy que les Fabius et Strauss –Kahn à la candidate Royal. Par ailleurs la candidature centriste de Bayrou peut enlever à la droite les voix qui sont nécessaires pour pouvoir se maintenir au second tour. Et la vieille tentation centriste d’alliance avec le PS peut ressurgir à chaque instant.
Mais le véritable obstacle est ailleurs. Les Présidents en fin de mandat ont beaucoup de mal à admettre l’idée d’avoir un successeur dans leur propre camp. De Gaulle a combattu la candidature Pompidou, Mitterrand celle de Jospin et le moins que l’on puisse avancer est que Jacques Chirac pour l’instant ne fait rien pour soutenir une candidature Sarkozy.
Le succès de Sarkozy dépendra donc de son aptitude à rassembler son propre camp sans céder à la tentation des règlements de compte et des exclusions.
Charles Debbasch
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LA NON CANDIDATURE CHIRAC
Au moment où Jacques Chirac fête son soixante quatorzième anniversaire, il feint de laisser planer un doute sur sa possible candidature aux prochaines présidentielles. Les commentateurs ne manquent d’ailleurs pas de signaler la nouvelle ardeur du Chef de l’Etat qui multiplie les déclarations solennelles .et les gestes forts comme pour marquer un territoire qu’il n’envisage pas de laisser à d’autres.
Pourtant, sauf évènement exceptionnel toujours possible dans la vie politique, Jacques Chirac ne sera pas candidat aux prochaines présidentielles.
Ce serait tout d’abord une belle inconséquence pour un Président qui a fait réduire la durée du mandat présidentiel de sept à cinq ans afin de permettre à la vie politique d’être plus aérée de solliciter un troisième mandat. On ne peut pas à la fois marquer sa volonté de renouveler les élites grâce à des mandats plus brefs et chercher à s’incruster au pouvoir.
Une seconde raison interdit pratiquement à Jacques Chirac de se représenter. Il existe dans l’opinion publique un puissant courant rénovateur qui aspire au changement. La France a perdu confiance dans sa classe politique et cherche d’autres valeurs et d’autres responsables pour les incarner. Une candidature Chirac dans ces conditions serait suicidaire pour le Président sortant qui risquerait d’être sorti sans ménagement. Cette situation bloque naturellement la candidature Chirac.
Jacques Chirac est trop fin politique pour ne pas le percevoir. La dissimulation de ses intentions a donc d’autres raisons.
Il s’agit de ne pas gaspiller la dernière année du mandat présidentiel. Cinq ans c’est court mais quatre ans c’est encore plus court si le Président laisse son mandat tomber dans le débat des prochaines présidentielles. Chirac, par son attitude, démontre qu’il entend user son mandat jusqu’à la dernière minute quitte à surprendre et à impatienter.
Le comportement de Jacques Chirac signifie aussi qu’il n’entend, en rien, faciliter la tache de son ami et concurrent de l’UMP Nicolas Sarkozy. Loin de l’installer sur une rampe de lancement, l’actuel Président multiplie les coups de frein et les feux rouges à l’égard du ministre de l’Intérieur comme s’il attendait un effondrement éventuel de ce dernier pour dévoiler ses préférences.
Enfin, et c’est le plus difficile, Jacques Chirac cherche à utiliser ces derniers mois de mandat pour imprimer sa marque dans l’histoire en s’efforçant de régénérer les vertus républicaines. Mais, il a beaucoup de mal à se faire entendre dans le brouhaha et l’effervescence de la campagne déjà plus qu’entrouverte.
Charles Debbasch
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